Wall Street 2026 : tous les voyants sont au rouge, sauf un

CAPE au-dessus de 40, dividende au plus bas, taux à 10 ans à 5,2 % : Wall Street est au niveau de 2000. Un seul voyant reste au vert. Mes chiffres, les leçons des krachs passés, et ce que je fais.

Krach boursier : taureau de Wall Street devant le New York Stock Exchange, tableau de six voyants rouges et un vert

En bref

  • Le S&P 500 est au niveau de 2000 sur presque tous les indicateurs : CAPE à près de 41, dividende à 1,04 %, capitalisation rapportée au PIB proche de son record.
  • Un seul voyant reste au vert : le PER calculé sur les bénéfices attendus, à 19,1, dans sa moyenne des dix dernières années.
  • Avec un taux à 10 ans à 5,21 %, une obligation d’État américaine rapporte autant que les bénéfices des actions.
  • Un choc se rattrape en quelques mois. Le krach de 2000 a demandé 7 ans au S&P 500 et 21 ans au CAC 40.
  • Je garde 38 % de liquidités sur mes comptes-titres et mon PEA. Mon assurance-vie luxembourgeoise attend sa répartition en fonds monétaires en dollars.

Alexander Green a été analyste et gérant de portefeuilles à Wall Street pendant plus de seize ans. Il dirige depuis une vingtaine d’années une lettre financière américaine. Le 9 octobre, dans La Chronique Agora, il explique pourquoi il vient de rendre son portefeuille plus prudent. Parmi ses sept raisons, des valorisations au niveau de la bulle Internet.

Je fais le même constat. Une bonne partie de mes comptes-titres et de mon PEA est en liquidités. Mon plus gros contrat, une assurance-vie luxembourgeoise, est placé en fonds monétaires en dollars, le temps de fixer sa répartition.

Je ne cherche pas à prédire le prochain krach boursier. Personne n’y arrive de façon régulière. J’ai voulu mesurer les risques des deux côtés : celui de rester investi, et celui d’en sortir. J’ai repris un par un les indicateurs de valorisation, les taux, l’histoire des krachs et celle des marchés haussiers.

Sur le marché américain, presque tous les voyants sont au rouge. Un seul reste au vert. Et tout repose sur lui.

Un marché américain au niveau de 2000

Pour savoir si la Bourse est chère, on compare le prix des actions à ce que les entreprises gagnent, vendent ou possèdent. Voici les principaux indicateurs :

  • Le CAPE de Shiller : le prix de l’indice divisé par la moyenne des bénéfices des dix dernières années, corrigés de l’inflation. Il lisse les années exceptionnelles, bonnes ou mauvaises.
  • Le PER prévisionnel : le prix divisé par les bénéfices attendus sur les douze prochains mois, d’après les prévisions des analystes.
  • Le cours sur chiffre d’affaires : ce que paie l’investisseur pour 1 dollar de ventes.
  • Le cours sur actif net : ce qu’il paie pour 1 dollar de fonds propres inscrits au bilan.
  • Le rendement du dividende : les dividendes versés sur un an, rapportés au prix.
  • L’indicateur Buffett : la valeur de toutes les actions américaines divisée par le PIB du pays.

Voici ce qu’ils donnent pour le S&P 500, l’indice des 500 plus grandes entreprises américaines.

Le S&P 500 face à ses sommets passés

IndicateurAujourd’huiMoyenne historiqueSommet de 20002007Début 2020
CAPE de Shiller40,917,4 (depuis 1871)43,227,330,7
PER prévisionnel (12 mois)19,119,1 (sur 10 ans)24,4–19,0
Cours / chiffre d’affaires3,7 à 3,91,8 (depuis 2000)1,8 (fin 2000)1,52,3
Cours / actif net6,1 à 6,23,25,12,93,5
Rendement du dividende1,04 %4,2 %1,16 %1,77 %1,8 %
Indicateur Buffett (capitalisation / PIB)218 à 238 %–146 à 163 %109 à 121 %~150 %
Bénéfices / valeur ajoutée des entreprises19,6 %–9,8 %14,8 %16,1 %
Sources : multpl (CAPE, cours / chiffre d’affaires, cours / actif net, dividende), FactSet (PER prévisionnel), GuruFocus et Réserve fédérale (indicateur Buffett), BEA via FRED (bénéfices après impôt des sociétés, série CPATAX, rapportés à leur valeur ajoutée brute). CAPE de septembre 2026, autres données d’octobre 2026. La série du cours sur chiffre d’affaires commence fin 2000. Les ratios sur le chiffre d’affaires et l’actif net du jour sont estimés avec des comptes arrêtés à septembre 2025. L’indicateur Buffett varie selon la méthode de calcul.

Le CAPE atteint 40,9 en septembre 2026, et près de 42 à la mi-octobre. Avant cette année, il n’avait atteint un tel niveau qu’en 1999 et en 2000, avec un record de 44,2 en décembre 1999. Sa moyenne depuis 1871 est de 17,4.

Le dividende n’a jamais aussi peu rapporté : 1,04 %. Les investisseurs paient plus de 6 dollars pour chaque dollar de fonds propres des entreprises, davantage qu’au sommet de 2000. Et la valeur des actions américaines dépasse deux fois le PIB du pays, au niveau de ses records.

Ce rapport entre la valeur des actions et le PIB s’appelle l’indicateur Buffett, du nom de Warren Buffett, qui le présentait comme le meilleur repère pour juger le niveau du marché.. En 2001, il expliquait qu’acheter quand il approche 200 %, c’est jouer avec le feu. Il est aujourd’hui au-dessus. Et Buffett a joint les actes à la parole. Pendant plus de trois ans, jusqu’à sa retraite fin 2025, Berkshire Hathaway a vendu plus d’actions qu’elle n’en achetait, et il a laissé à son successeur, Greg Abel, une trésorerie d’environ 370 Md$. Depuis, Abel a recommencé à acheter, de façon sélective.

Les marges des entreprises sont au plus haut. Les bénéfices après impôt représentent 19,6 % de la valeur ajoutée des sociétés américaines, autant qu’en 2021 et deux fois plus qu’en 2000. C’est une bonne nouvelle pour les actionnaires. Mais une marge record laisse peu de place à une nouvelle hausse.

Le voyant qui reste au vert

Un indicateur ne suit pas. Le PER prévisionnel du S&P 500 est de 19,1, exactement sa moyenne des dix dernières années selon FactSet. En mars 2000, il atteignait 24,4.

L’explication tient dans la croissance des bénéfices. Ceux du S&P 500 ont progressé de plus de 25 % sur un an aux deux derniers trimestres publiés, et FactSet attend près de 30 % pour le troisième. Depuis fin juin, l’indice a pris 3,5 %, les bénéfices attendus sur douze mois 10,4 %. Les cours montent moins vite que les profits.

C’est la grande différence avec 2000. Les grandes entreprises de 2026 gagnent beaucoup d’argent. Mais tout repose sur une condition : que ces bénéfices continuent de croître à ce rythme. Le CAPE, lui, regarde les dix dernières années. Si la croissance ralentit, c’est lui qui aura eu raison.

Une autre mesure va dans le même sens. Aswath Damodaran, professeur à l’université de New York et référence mondiale de la valorisation, calcule une prime de risque des actions de 4,2 % par an, proche de sa moyenne depuis 1961. Sa méthode repose elle aussi sur les bénéfices et les dividendes attendus. Même voyant au vert, même condition.

Goldman Sachs va plus loin. La banque a relevé son objectif pour le S&P 500 à 8000 points en fin d’année. Pour son stratège Ben Snider, les signaux qui ont annoncé la fin des grands marchés haussiers sont pour l’essentiel absents. La spéculation est élevée, mais loin des excès de 2000 ou de 2021. Et les bénéfices doivent encore progresser de 24 % en 2026, puis de 13 % en 2027.

Sept entreprises pour un tiers de l’indice

Les sept géants de la tech américaine, Nvidia, Microsoft, Apple, Alphabet, Amazon, Meta et Tesla, pèsent environ 35 % du S&P 500. Les dix premières sociétés en font environ 40 %. Au sommet de la bulle Internet, les dix premières pesaient 26,6 %, selon J.P. Morgan.

Acheter un ETF S&P 500, c’est donc placer plus d’un tiers de son argent sur sept entreprises, presque toutes liées à l’intelligence artificielle. J’en parlais dans mon article sur la diversification.

L’IA n’est pas la bulle de 2000, mais elle en reprend trois travers

Sept gratte-ciel dorés sur un processeur fissuré, entourés d’un anneau de pièces : la concentration de la Bourse sur les géants de l’IA et leurs financements circulaires

La comparaison avec 2000 revient dans tous les débats. Elle ne tient pas sur un point essentiel.

En 1999, 76 % des sociétés qui entraient en Bourse aux États-Unis perdaient de l’argent, selon Jay Ritter, spécialiste des introductions en Bourse. Au sommet, Cisco valait environ 200 fois ses bénéfices. En 2026, Nvidia a dégagé 59,7 Md$ de bénéfice net sur un seul trimestre, avec une marge brute de 75 %. Elle vaut environ 19 fois ses bénéfices attendus.

Trois signaux rappellent pourtant la fin des années 90.

1. Les financements circulaires

En 1999, l’équipementier Lucent prêtait de l’argent à ses clients pour qu’ils achètent son matériel. Ces prêts atteignaient 8,1 Md$, environ un quart de son chiffre d’affaires. Quand ces clients ont fait faillite, Lucent a perdu à la fois ses ventes et ses prêts.

En 2026, le schéma revient sous une autre forme. Nvidia investit 30 Md$ dans OpenAI, qui s’engage à lui acheter des puces. Nvidia garantit jusqu’à 105 Md$ de loyers et d’électricité pour un data center d’OpenAI dans l’Ohio. AMD offre à OpenAI et à Meta des bons de souscription qui peuvent leur donner chacun environ 8 à 10 % de son capital, en échange de commandes de puces.

Le FMI a fait le compte le 13 octobre. Les géants du secteur ont apporté environ 300 Md$ en actions et 650 Md$ en dette à des sociétés d’IA plus fragiles. En échange, ils ont obtenu 1400 Md$ de promesses d’achats futurs. Si ces clients ne tiennent pas leurs engagements, la valeur des participations et le chiffre d’affaires baissent en même temps.

2. Des investissements financés à crédit

Amazon, Microsoft, Alphabet et Meta vont dépenser environ 730 Md$ en 2026 dans les data centers, contre 410 Md$ en 2025. Chez plusieurs d’entre eux, ces dépenses dépassent déjà ce que l’activité rapporte en trésorerie. Le flux de trésorerie disponible d’Amazon est négatif sur douze mois. Celui d’Alphabet l’a été au deuxième trimestre.

Pour payer, ils empruntent. Les cinq géants du cloud, Oracle compris, ont émis environ 220 Md$ d’obligations entre janvier et début août 2026, selon BNP Paribas, contre environ 70 Md$ sur toute l’année 2025 selon S&P Global Ratings. D’après FactSet, la part de leurs investissements financée par la dette est passée de 9 % à 32 % en deux ans. Oracle n’est plus qu’à un cran de la catégorie spéculative chez S&P. Et Alphabet, qui rachetait ses propres actions depuis dix ans, a levé près de 45 Md$ en actions en juin pour financer ses investissements.

3. Des bénéfices gonflés par des plus-values

Au deuxième trimestre, Alphabet a publié un bénéfice record de 112,1 Md$. Environ les deux tiers de son bénéfice par action venaient de plus-values sur ses participations dans SpaceX et Anthropic. Chez Amazon, un gain de 53,4 Md$ lié à Anthropic accompagne un bénéfice net de 62,6 Md$. Ce sont des gains comptables, pas des ventes.

Ces plus-values font baisser le PER de ces deux sociétés sans rien dire de leur activité. Elles dépendent de la valeur de sociétés d’IA non cotées ou tout juste cotées. Si ces valeurs baissent, les gains d’aujourd’hui deviennent les pertes de demain.

2026 a déjà donné un avant-goût. En juillet, la Bourse coréenne a perdu 9 % en une séance, l’indice américain des semi-conducteurs est entré en marché baissier, et Alphabet a perdu 7 % en un jour après l’annonce d’un flux de trésorerie négatif. Le Nasdaq a pourtant battu un nouveau record le 5 octobre.

Michael Burry, l’investisseur qui avait parié contre les subprimes en 2008, parie cette fois contre l’IA. Il détient des options de vente sur Nvidia, Palantir et Oracle. Son argument : les géants du cloud amortissent leurs serveurs sur 5 à 6 ans, alors que les puces d’IA vieillissent plus vite. Selon lui, leurs bénéfices sont ainsi surestimés de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Son pari sur Palantir est gagnant pour l’instant, celui sur Nvidia ne l’est pas encore.

Les taux ont changé la donne

C’est la grande différence avec les krachs de 2020 et de 2025. Le 16 septembre, la Réserve fédérale américaine a relevé son taux directeur à 3,75-4,00 %. C’est sa première hausse depuis juillet 2023. Seize de ses dix-huit membres envisagent une nouvelle hausse.

L’inflation américaine est remontée à 3,7 % sur un an en septembre. Le taux à 10 ans des États-Unis atteint 5,21 %, après avoir dépassé 5,3 % début octobre, son plus haut depuis 2002. En Europe, la BCE a relevé ses taux deux fois cette année, en juin et en septembre.

Des taux élevés pèsent sur les actions de deux façons. Une obligation sans risque rapporte plus, donc les actions doivent rapporter davantage pour rester attractives. Et un bénéfice futur vaut moins aujourd’hui quand on l’actualise à un taux plus élevé. Les actions les plus chères, celles dont la valeur repose sur des bénéfices lointains, sont les plus exposées.

Pour mesurer l’effet, on compare le rendement des bénéfices des actions, l’inverse du PER, au taux d’État à 10 ans. L’écart correspond à ce que l’investisseur gagne en plus pour accepter le risque des actions.

Taux d’intérêt et rendement des actions

États-UnisAllemagneFrance
Taux directeur3,75 à 4,00 % (Fed)2,50 % (BCE)2,50 % (BCE)
Inflation sur un an3,7 % (septembre)3,8 % (zone euro, septembre)3,0 % (septembre, provisoire)
Taux d’État à 10 ans5,21 %3,48 %4,86 %
PER prévisionnel des actions19,114,013,4
Rendement des bénéfices (1 / PER)5,2 %7,1 %7,5 %
Écart avec le taux à 10 ans≈ 0 point≈ +3,7 points≈ +2,6 points
Sources : Réserve fédérale, BCE, BLS, Eurostat (estimation rapide de septembre), Insee, Trading Economics (taux au 13-14/10/2026), FactSet (PER du S&P 500), MSCI au 30/09/2026 (MSCI Germany et MSCI France). Rendement des bénéfices et écart : mon calcul.

Aux États-Unis, l’écart est proche de zéro. Une obligation d’État à 10 ans rapporte autant que les bénéfices des entreprises, sans le risque. Calculé sur les bénéfices passés, il devient négatif, autour de -1,4 point. En mars 2000, au sommet de la bulle, il était d’environ -2 points sur les bénéfices attendus.

Un mot sur l’inflation. Dans mon article sur l’inflation réelle, je retiens 2 % par an sur le long terme. Les chiffres actuels sont plus élevés. En France, les prix ont augmenté de 3,0 % sur un an en septembre, selon l’estimation provisoire de l’Insee. L’énergie en explique plus de la moitié, avec une hausse de 21,2 % sur un an, depuis la guerre entre les États-Unis et l’Iran et un baril autour de 105 dollars. C’est un pic, comme en 2022 et en 2023. Sur vingt ans, la moyenne reste proche de 2 %. Mais un pic suffit à faire monter les taux.

La France emprunte plus cher que l’Italie

Le taux à 10 ans de la France atteint 4,86 %. Il a frôlé 5 % début octobre, son plus haut depuis 2002. Il dépasse celui de l’Italie, à 4,59 %, et celui de l’Espagne, à 4,12 %. L’écart avec l’Allemagne tourne autour de 1,4 point.

Les prêteurs regardent les comptes. Le dernier excédent des finances publiques françaises remonte à 1974. Depuis 1975, l’État est en déficit chaque année. Le déficit public a atteint 5,1 % du PIB en 2025, et 5,4 % sont prévus pour 2026. La dette atteint 3595 Md€, soit 119 % du PIB. Les intérêts payés par l’ensemble des administrations passent de 64,7 Md€ en 2025 à environ 79 Md€ en 2026.

Pour un épargnant français, le risque principal est fiscal. Un État qui paie chaque année plus d’intérêts finit par chercher des recettes. À mes yeux, le risque majeur, ce sont de nouvelles hausses d’impôts.

Pour les actions, l’effet est indirect. Il passe par les taux, par les banques françaises qui détiennent de la dette publique, et par la confiance. Les grandes entreprises françaises sont moins exposées qu’on le croit : les sociétés du CAC 40 réalisent plus des trois quarts de leur chiffre d’affaires hors de France, 77,3 % en 2023 selon l’étude annuelle du cabinet EY sur le CAC 40.

L’Europe moins chère, et pour cause

De ce côté de l’Atlantique, le tableau change.

L’Europe face aux États-Unis

S&P 500EuropeFranceAllemagne
PER prévisionnel19,114,213,414,0
CAPE40,920,219,522,9
Rendement du dividende1,1 %2,9 %3,2 %2,6 %
Cours / actif net5,72,52,01,9
Poids de la tech~40 %~8 à 10 %~3 %~16 %
Sources : MSCI au 30/09/2026 (MSCI USA, Europe, France et Germany, proches du S&P 500, du Stoxx 600, du CAC 40 et du DAX), FactSet (PER prévisionnel du S&P 500), J.P. Morgan (CAPE États-Unis et Europe), Siblis Research (CAPE France et Allemagne, méthode différente), iShares et Amundi (poids de la tech). Le dividende et le cours sur actif net du S&P 500 diffèrent un peu du tableau 1, qui utilise multpl.

Les actions européennes valent environ 14 fois leurs bénéfices attendus, contre 19 pour le S&P 500. La décote atteint environ 26 %. Sur dix ans, c’est la moyenne. Sur une période plus longue, la décote habituelle tourne plutôt autour de 14 %, d’après les moyennes historiques de J.P. Morgan. L’Europe n’est pas anormalement bon marché. C’est l’Amérique qui est chère.

Cette décote a ses raisons. Moins de croissance, et presque pas de tech : environ 3 % du CAC 40 et moins de 10 % de l’indice européen, contre près de 40 % aux États-Unis. Le DAX en compte davantage, autour de 16 %, avec SAP. Les banques, l’énergie, l’industrie et le luxe dominent les indices européens.

Depuis le 1er janvier, le S&P 500 a pris 14 % et le DAX 3 %. Le CAC 40 a perdu 4 %, et se situe environ 10 % sous son record d’août. Moins cher ne protège pas d’une baisse. Entre 2007 et 2009, le CAC 40 a perdu 59 %, plus que le S&P 500.

Les signes d’euphorie

John Templeton, l’un des grands investisseurs du XXe siècle, disait que les marchés haussiers naissent dans le pessimisme et meurent dans l’euphorie. Plusieurs records de 2026 vont dans ce sens.

  • L’endettement des investisseurs. Les sommes empruntées pour acheter des actions aux États-Unis ont atteint un record de 1502 Md$ en juin, selon la FINRA, l’autorité de régulation des courtiers. En août, elles restaient 37 % au-dessus de leur niveau d’un an plus tôt. Rapportées au PIB, elles dépassent leur niveau de mars 2000 : 4,5 %, contre un peu moins de 3 %.
  • Les ETF à effet de levier. Ils gèrent près de 200 Md$, un record selon plusieurs estimations. Plus de 30 % des ETF lancés en 2026 sont à effet de levier. J’ai raconté ce que coûte ce genre de produit dans mon article sur les ETF à effet de levier.
  • Les options qui expirent le jour même. Elles représentent environ 60 % des échanges d’options sur le S&P 500, avec un record de 3,3 millions de contrats par jour en juin. Les particuliers en font environ la moitié.

L’euphorie peut durer longtemps. Elle ne dit pas quand le marché va baisser. Elle dit qu’une baisse serait amplifiée, parce qu’un investisseur endetté doit vendre quand les cours chutent.

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Un choc se rattrape en quelques mois, un vrai krach en vingt ans

Krach boursier : un petit sablier et un grand sablier devant une rangée de calendriers, les chocs qui se rattrapent en quelques mois face aux krachs qui durent des années

Depuis 2020, les investisseurs ont connu deux chutes brutales. En mars 2020, le S&P 500 a perdu 34 % en 33 jours. Il retrouvait son sommet cinq mois après le creux. En avril 2025, les droits de douane de Donald Trump lui ont fait perdre 18,9 %, et plus de 20 % en séance. Moins de trois mois après le creux, il battait un nouveau record.

Ces deux épisodes laissent une impression trompeuse, celle qu’un krach se rattrape vite. L’histoire montre deux familles de baisses.

Les professionnels parlent de correction pour une baisse de 10 %, et de marché baissier à partir de 20 %. Le krach n’a pas de seuil officiel. Le mot désigne une chute brutale, en quelques jours ou quelques semaines.

Combien de temps pour revenir au niveau d’avant le krach

ÉpisodeBaisse maximaleTemps pour revenir au sommetSommet retrouvéCause
Les vrais krachs : plusieurs années
Nikkei, 1989-82 %34 ansfévrier 2024Bulle boursière et immobilière
CAC 40, 2000-65 %21 ansnovembre 2021Bulle Internet
Nasdaq, 2000-78 %15 ansavril 2015Bulle Internet
CAC 40, 2007-59 %14 ansavril 2021Subprimes, crise bancaire
S&P 500, 1973-48 %7 ans et demijuillet 1980Choc pétrolier, inflation
S&P 500, 2000-49 %7 ansmai 2007Bulle Internet
S&P 500, 2007-57 %5 ans et demimars 2013Subprimes, crise bancaire
Les chocs : deux ans ou moins
S&P 500, 1987-34 %2 ansjuillet 1989Krach du 19 octobre
S&P 500, 2022-25 %2 ansjanvier 2024Inflation, hausses de taux
CAC 40, 2020-39 %13 moisavril 2021Covid
S&P 500, 2018-19,8 %7 moisavril 2019Hausses de taux, guerre commerciale
S&P 500, 2020-34 %6 moisaoût 2020Covid
S&P 500, 2025-18,9 %4 moisjuin 2025Droits de douane
S&P 500, 2026-9 %2 mois et demiavril 2026Guerre entre les États-Unis et l’Iran
Temps compté entre le sommet d’avant la baisse et le retour à ce niveau. Indices de prix, hors dividendes, cours de clôture. Sources : Yardeni, S&P Dow Jones Indices, Fortuneo, Boursorama, Reuters. En séance, la baisse de 2025 a dépassé 20 %.

Les chocs de 1987, 2018, 2020, 2025 et 2026 se sont réparés en quelques mois, deux ans au plus. Les vrais krachs de 1973, 2000 et 2008 ont demandé de 5 ans et demi à 7 ans et demi au S&P 500. Le CAC 40 n’a dépassé son sommet de septembre 2000 que le 2 novembre 2021, 21 ans plus tard. Le Nasdaq a attendu 15 ans, et le Nikkei japonais 34 ans.

Une précision qui compte. Le CAC 40 ne tient pas compte des dividendes. Avec les dividendes réinvestis, le sommet de 2000 était retrouvé dès 2007, puis durablement vers 2014-2015. Toucher ses dividendes et les réinvestir a raccourci l’attente de plusieurs années. C’est l’une des raisons pour lesquelles je choisis des ETF capitalisants.

Ce qui transforme un choc en krach boursier

Les trois vrais krachs ont un point commun : une cause que les banques centrales ne pouvaient pas effacer en quelques semaines.

  • En 1973-1974, l’inflation du choc pétrolier empêchait la Fed de baisser ses taux.
  • En 2000, les valorisations partaient de haut, avec un CAPE à 43. Il a fallu des années de bénéfices pour les justifier.
  • En 2008, la crise venait des banques elles-mêmes. Il a fallu réparer le système financier avant que l’économie reparte.

En 2020 et en 2025, les autorités ont pu agir vite. En mars 2020, la Fed a ramené ses taux à zéro et racheté des milliers de milliards de dollars de titres. En avril 2025, la Maison-Blanche a suspendu une partie des droits de douane une semaine après les avoir annoncés.

En 2026, deux des trois ingrédients sont présents. Les valorisations sont au niveau de 2000. Et l’inflation pousse la Fed à monter ses taux plutôt qu’à les baisser. Il manque une crise bancaire, et rien ne dit qu’elle viendra. Un CAPE élevé ne suffit pas à déclencher un krach : il était déjà à 37 début 2025, et le S&P 500 a pris plus de 30 % depuis. Mais en cas de choc, la Fed aurait moins de marge qu’en 2020.

Un marché haussier ne meurt pas de vieillesse

Après quatre ans de hausse, beaucoup pensent que le marché « doit » baisser. L’histoire ne le confirme pas.

Les marchés haussiers du S&P 500 depuis 1949

DébutFinHausseDurée
juin 1949août 1956+267 %7,1 ans
octobre 1957décembre 1961+86 %4,1 ans
juin 1962février 1966+80 %3,6 ans
octobre 1966novembre 1968+48 %2,1 ans
mai 1970janvier 1973+74 %2,6 ans
octobre 1974novembre 1980+126 %6,2 ans
août 1982août 1987+229 %5,0 ans
décembre 1987mars 2000+582 %12,3 ans
octobre 2002octobre 2007+102 %5,0 ans
mars 2009février 2020+401 %11,0 ans
mars 2020janvier 2022+114 %1,8 an
octobre 2022en cours+118 %4 ans
Moyenne des 11 cycles terminés+192 %5,5 ans
Hausse du creux au sommet, hors dividendes. Source : Yardeni Research. Moyennes et marché en cours : mon calcul (clôture du 12/10/2026).

Le marché haussier actuel a commencé le 12 octobre 2022. Il a quatre ans et a pris 118 %. C’est un peu moins que la moyenne, en durée comme en hausse. Celui de 2009 à 2020 a duré onze ans, celui de 1987 à 2000 plus de douze ans.

La durée ne prédit rien. Un marché haussier s’arrête sur un choc, une récession ou une hausse des taux, pas sur un anniversaire. Le S&P 500 a connu 15 marchés baissiers depuis 1945, un tous les cinq ans environ. Le dernier vrai krach, celui de 2008, date de 18 ans.

Le risque de rester investi

Rester investi à 100 % en actions, c’est accepter une baisse de 50 %. Elle est arrivée deux fois en 25 ans, en 2000 et en 2008. Pour un investisseur de 30 ans, c’est un mauvais moment à passer. Il a des décennies devant lui et continue d’acheter à bas prix.

Pour celui qui approche du moment où il va puiser dans son capital, la situation change. Les spécialistes parlent du risque de séquence. Quand on retire de l’argent chaque année, l’ordre des rendements compte autant que leur moyenne.

Un exemple chiffré de Charles Schwab. Deux investisseurs partent avec 1 M$ et retirent 50.000 $ la première année, puis 2 % de plus chaque année. Ils obtiennent les mêmes rendements, dans un ordre différent. Le premier subit deux années à -15 % au début : son capital est épuisé en 18 ans environ. Le second subit les mêmes baisses en années 10 et 11 : il lui reste près de 400.000 $ au bout de 18 ans.

C’est ma situation. J’ai bientôt 57 ans. Je ne peux plus me permettre un krach larvé de dix ou vingt ans sur tout mon capital.

C’est pour ce risque que mon simulateur de liberté financière sépare le capital en deux poches. La poche sécurité finance les retraits pendant plusieurs années. La poche croissance peut traverser une baisse sans être vendue au plus bas.

Coffre-fort ouvert rempli de billets en dollars, boussole et plante qui pousse sur des pièces d’or : garder une réserve de liquidités tout en restant investi pour la croissance

Alexander Green le résume à sa façon. À 68 ans, il réduit son risque. Ses enfants, une vingtaine d’années, restent investis à 100 % en actions. Même marché, deux horizons, deux réponses.

Le risque d’en sortir

Sortir de la Bourse a aussi un coût. Il se voit moins.

Les meilleures séances arrivent au milieu des pires. J.P. Morgan a calculé ce qu’est devenu un placement de 10.000 $ dans le S&P 500 entre 2006 et 2025, dividendes réinvestis.

Rater les meilleures séances coûte cher

10 000 $ placés dans le S&P 500 de 2006 à 2025Valeur finaleRendement par an
Investi en permanence80 619 $11,0 %
10 meilleures séances ratées35 866 $6,6 %
20 meilleures séances ratées21 177 $3,8 %
30 meilleures séances ratées13 826 $1,6 %
40 meilleures séances ratées9 462 $-0,3 %
Dividendes réinvestis. Source : J.P. Morgan Asset Management, Guide to Retirement 2026. Rendements par an : mon calcul.

Rater les dix meilleures séances en vingt ans divise le capital final par plus de deux. Six de ces dix séances sont arrivées moins de deux semaines avant ou après l’une des dix pires. Celui qui vend en pleine panique a toutes les chances de rater le rebond.

Deuxième coût, le rendement des liquidités. Un fonds monétaire en dollars rapporte environ 3,7 % par an, un fonds en euros autour de 2,3 %. C’est correct tant que les taux restent hauts. Mais avec 2 % d’inflation, 2,3 % maintiennent tout juste le pouvoir d’achat, avant impôt. Sur longue période, les actions ont fait bien mieux.

Troisième coût, avoir raison trop tôt. En 2017, le CAPE dépassait déjà 30, un niveau jugé alarmant à l’époque. Le S&P 500 a plus que triplé depuis.

Sortir est facile. Le plus difficile est de savoir quand revenir. Il faut avoir raison deux fois. C’est pour ça que je garde une poche de liquidités plutôt que de tout vendre. Elle sert de réserve pour acheter, pas de refuge définitif.

Ce que je fais

Je n’ai pas tout vendu. J’ai ajusté.

Après la hausse des taux américains, j’ai vendu une partie de mes actions en direct. J’ai gardé mes valeurs de l’énergie et mes ETF. Sur mes trois comptes-titres et mon PEA, les liquidités représentent aujourd’hui 38 %.

Je suis transparent sur mes positions, comme dans tous mes articles. Voici la part de liquidités de chaque enveloppe.

Ma part de liquidités par enveloppe (octobre 2026)

EnveloppePart en liquidités
Comptes-titres (3 courtiers)47 %
PEA11 %
Assurance-vie luxembourgeoise100 % en fonds monétaires en dollars, en attente de répartition
Assurances-vie françaises0 %, investies à 100 % en ETF
Cryptos0 %, investies à 100 %, pas de stablecoins
Valeurs au 12/10/2026. Comptes-titres et PEA réunis : 38 % de liquidités.

Mon plus gros contrat est une assurance-vie luxembourgeoise. Elle est placée à 100 % en fonds monétaires en dollars. Ce n’est pas un pari de marché. Je savais que les arbitrages prendraient quelques mois, alors j’ai placé l’argent en attente.

J’entre maintenant dans la phase de répartition. Une chose est décidée : je ne mettrai pas 100 % en actions classiques. La répartition entre actions, matières premières, or et argent, bitcoin et le reste n’est pas encore arrêtée. Je la détaillerai dans un prochain article.

Mes assurances-vie françaises, plus modestes, restent investies à 100 % en ETF. Mes cryptos aussi, sans stablecoins. Elles réagissent comme des actions risquées, et je les compte comme telles.

J’ai revendu environ 80 % de mon or et de mon argent physique. J’ai raconté ces ventes dans mes transactions sur l’or physique et dans ma revanche à +140.000 € sur l’argent. Je garde le reste, qui ne dépend pas de la Bourse. Ce ne sont ni des liquidités ni des actions, ils ne figurent donc pas dans le tableau.

Le choix du dollar est assumé. Je pense que le dollar va continuer de se renforcer face à l’euro dans les années qui viennent. Il est déjà passé de 1,21 dollar pour un euro fin janvier à 1,11 aujourd’hui. Le fonds monétaire en dollars rapporte aussi plus que son équivalent en euros. Mais c’est un pari de change. Si l’euro remonte, une partie de ce rendement disparaît.

Ce que je retiens

Le marché américain est cher sur presque tous les indicateurs. Seul le PER prévisionnel reste dans sa moyenne, grâce à des bénéfices qui progressent de plus de 25 % sur un an. Tout repose sur cette croissance.

Les taux ont changé la donne. En cas de choc, la Fed aurait moins de marge qu’en 2020. C’est ce qui peut transformer une baisse de quelques mois en krach de plusieurs années.

Je ne sais pas quand le marché baissera. Personne ne le sait. Mais je sais ce que je peux encaisser. À 25 ans, un krach de dix ans est une occasion d’acheter. À l’approche de la soixantaine, c’est un risque que je ne veux plus prendre avec tout mon capital.

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Cet article présente mon analyse et mes choix personnels, à partir de données publiques arrêtées au 14 octobre 2026. Ce n’est pas un conseil en investissement : chaque situation dépend de l’âge, de l’horizon et des besoins de chacun.

Questions fréquentes sur le risque de krach boursier

À insérer avec le bloc « FAQ by Rank Math » (une entrée par question) : il génère le schema FAQPage.

La Bourse américaine est-elle surévaluée en 2026 ?

Sur la plupart des indicateurs, oui. Le CAPE de Shiller atteint près de 41, contre 17,4 en moyenne depuis 1871. Le rendement du dividende est au plus bas historique, à 1,04 %, et la capitalisation rapportée au PIB est proche de son record. Seul le PER calculé sur les bénéfices attendus, à 19,1, reste dans sa moyenne des dix dernières années.

Qu’est-ce que le CAPE de Shiller ?

C’est le prix d’un indice divisé par la moyenne des bénéfices des dix dernières années, corrigés de l’inflation. Créé par l’économiste Robert Shiller, il lisse les années exceptionnelles. Avant 2026, il n’avait atteint un tel niveau qu’en 1999 et en 2000.

Combien de temps faut-il pour se remettre d’un krach boursier ?

Cela dépend du type de baisse. Les chocs de 2020 et de 2025 ont été rattrapés en quelques mois. Après le krach de 2000, le S&P 500 a mis 7 ans à retrouver son sommet, le Nasdaq 15 ans et le CAC 40 21 ans, hors dividendes.

Pourquoi la hausse des taux est-elle un risque pour les actions ?

Une obligation sans risque rapporte davantage, ce qui rend les actions moins attractives. Et les bénéfices futurs valent moins quand on les actualise à un taux plus élevé. En octobre 2026, le taux à 10 ans américain, à 5,21 %, rapporte autant que les bénéfices des actions du S&P 500.

Les actions européennes sont-elles moins chères que les actions américaines ?

Oui. Les actions européennes valent environ 14 fois leurs bénéfices attendus, contre 19 pour le S&P 500, soit une décote d’environ 26 %. C’est la moyenne des dix dernières années. L’Europe compte peu d’entreprises de la tech et affiche moins de croissance.

Faut-il sortir de la Bourse quand elle est chère ?

Sortir a aussi un coût. Entre 2006 et 2025, rater les dix meilleures séances du S&P 500 a divisé le capital final par plus de deux, selon J.P. Morgan. La réponse dépend surtout de l’horizon : plus le moment de puiser dans son capital approche, plus une baisse longue pèse.

Sources

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