1Ouvrir une LLC aux États-Unis : mon crash test

En avril 2025, j’ai ouvert une LLC dans le Wyoming. En décembre, je la clôturais.
Voici le récit complet de mon aventure avec une LLC aux États-Unis : pourquoi je l’ai ouverte, ce que ça m’a vraiment coûté, et pourquoi j’ai fini par tout fermer.
Pourquoi je voulais un compte hors d’Europe
Depuis un moment, je souhaitais ouvrir des comptes bancaires et/ou CTO en dehors de la France, mais aussi en dehors de l’Union européenne, pour diversifier mes juridictions.
Le problème, c’est que les CTO que l’on peut ouvrir facilement hors de France sont la plupart du temps en UE (IBKR Irlande, Trade Republic, Degiro, XTB, Saxo Banque…).
Même un courtier US comme Interactive Brokers ne permet aux Européens que d’ouvrir un compte dans leur filiale irlandaise.
Quant au plus gros courtier US, Charles Schwab, il ne travaille plus avec les Français. Même ceux qui avaient déjà un compte ont dû le clôturer !
J’ai quand même fait un test en me faisant passer pour allemand et là, c’était possible. C’est dire comment ils voient les Français, et surtout l’État français. Mais c’est une autre histoire…
Pourquoi les US ? Parce que ça reste le pays de l’investissement (j’aime bien l’Asie version Singapour aussi, mais c’est encore plus complexe pour ouvrir un compte là-bas), et parce que les comptes y sont garantis à hauteur de 500 000 $ (via la SIPC, dont 250 000 $ pour les liquidités).
L’idée de la LLC (merci ChatGPT)

Donc, ni une ni deux, je demande à mon IA préférée du moment, en l’occurrence à l’époque ChatGPT : « Dis-moi, Chat, je fais comment pour ouvrir un compte dans une banque US et chez un courtier US ? »
Réponse de l’IA : « Tu as 2 solutions, mon grand :
Solution 1 : tu te déplaces physiquement à New York ou Miami et tu ouvres un compte bancaire chez Bank of America, Citi ou Morgan Stanley. En espérant qu’ils soient de bonne composition, car tu n’es qu’un frenchy qui ne cause que très mal l’anglais.
Solution 2 : tu ouvres une LLC dans le Delaware ou le Wyoming et tu fais tout depuis ton canapé.
Te connaissant, je te conseille la solution 2. »
OK, va pour la LLC.
Un peu de recherche et je découvre ce qu’il en est. La LLC est passthrough (transparente fiscalement), pas trop compliquée à ouvrir à distance et pas trop chère à gérer. Tout ça sur le papier, hein, parce qu’après il y a toutes les emmerdes qu’on n’a pas vues venir.
Une LLC, c’est quoi ? (et le fameux « passthrough ») |
Ouvrir une LLC aux États-Unis : les premières surprises

Je décide de passer par Firstbase pour l’ouverture, et de choisir le Wyoming comme État.
Firstbase propose un forfait à 300 $ avec registered agent, et le Wyoming est de loin le moins cher pour immatriculer sa LLC (60 $/an).
C’est quoi, un registered agent ? |
Il faut déjà choisir un nom : Aurum Legacy Capital (classe, non ?). Aurum (or en latin) parce que j’ai pas mal investi là-dessus, Legacy pour héritage, et Capital parce que c’est une LLC d’investissement. Je fais même un logo (enfin, c’est Gemini qui le fait et moi qui approuve au bout de 50 essais…).
Ensuite vient la rédaction de l’operating agreement (les statuts qui régissent la LLC). Single ou multi member ?
Single, c’est plus simple à gérer ; le multi, je pensais que ce serait mieux pour l’héritage. Je commence donc par rédiger (bon, enfin, Chat rédige et moi je regarde) un multi member : LLC détenue à 99 % par moi et 1 % par ma femme. Et hop, j’envoie ça à Firstbase, qui valide.
Je tiens à préciser que j’ai eu d’excellents échanges avec Firstbase. Je ne sais pas si tous les Américains sont comme ça, mais c’était toujours sympa d’échanger avec eux.

7 IA sur le Ring : le duel
J’ai fait analyser la même action par 7 intelligences artificielles : ChatGPT, Claude, Gemini, Grok, DeepSeek, Perplexity et Mistral. Le duel complet en 20 pages.
Recevoir le guide gratuitPuis vient la 1ère surprise : il faut une boîte aux lettres physique aux USA, surtout pour les courriers de l’IRS (le fisc américain). Donc un abonnement mensuel. Firstbase propose la sienne, mais je la trouve hors de prix (35 $/mois).
Je choisis de passer par Anytime Mailbox et j’en prends une dans le Wyoming pour 19 $/mois (ça commence à 9 $/mois, mais on paie pour chaque numérisation en plus).
Évidemment, pour l’ouverture de cette boîte, ils vous demandent une vraie adresse postale aux USA. Je dis « évidemment », mais en fait c’est plutôt incohérent. Bref, Chat m’invente une adresse liée à Firstbase pour que ça marche.
Enfin, alors que je pense que c’est bon, j’ai droit à un message m’indiquant que je dois avoir un entretien avec un juriste US pour que la LLC puisse être créée. Là, un peu de sueur froide, parce que c’est aussi une surprise…
Bref, visio avec le juriste. J’entrave rien et je réponds « yes » à toutes les questions. Sauf qu’il y en a une où il me demande de refaire la photo du passeport, qui n’est pas reconnue. Au bout d’un petit malaise linguistique, je finis par comprendre ce qu’il veut. Ouf, ça, c’est fait !
LLC créée, on passe aux choses sérieuses.
Enfin le compte chez IBKR US

Firstbase me propose comme banque la fintech Relay, mais je choisis Mercury, qui a meilleure réputation. En plus, ils m’envoient gratuitement une jolie CB au nom de ma société (je ne m’en serai jamais servi).
Et je peux enfin ouvrir mon compte chez IBKR US ! Le but de tout ce bazar, quand même.
Je fais un montage classique (pour éviter les frais de conversion euro/dollar trop élevés de ma banque) :
Ma banque (euros) → Wise Business (conversion euro/dollar) → Mercury (USD) → IBKR US (USD)
L’ouverture des comptes Wise Business, Mercury et IBKR se fait simplement.
Ça marche bien, et le cash met environ 2 jours entre le départ de ma banque et l’arrivée chez IBKR.
IBKR US garantit mon cash à hauteur de 250 000 USD et mes titres à hauteur de 250 000 USD, soit 500 000 $ au total via la SIPC. Bien mieux que les 70 000 € de garantie des titres en France, et surtout que les 20 000 € seulement de la filiale IBKR Irlande.
Entre-temps, je m’aperçois que cette LLC multi member m’obligerait à une déclaration d’impôts bien plus lourde auprès de l’IRS (une LLC à plusieurs associés est taxée comme un partnership : formulaire 1065, un Schedule K-1 par associé, plus les annexes internationales K-2 et K-3), pour un intérêt finalement limité. Après recherche, j’ai surtout compris que le multi n’organisait pas vraiment l’héritage comme je le croyais, et qu’en plus des documents supplémentaires à produire, transmettre une LLC pouvait vite devenir un vrai boulet successoral. Pas franchement l’idée de départ.
J’échange à ce sujet avec Firstbase, mais c’est trop tard. Je dois faire moi-même le changement auprès de l’IRS. J’apprends ensuite qu’ils ne travaillent que par courrier postal : on ne peut ni les appeler ni leur envoyer d’e-mail… Je fais donc un courrier que j’envoie par la poste, en recommandé. Sans réponse au bout de 2 mois, j’envoie un fax (ChatGPT me dit seulement à ce moment-là que c’est possible aussi…). Les courriers doivent se croiser, car je reçois enfin la confirmation du changement de structure quelques jours après, sur ma boîte postale. J’aurais pu m’éviter tout ça si je m’étais posé un peu avant pour bien réfléchir.
Durant ces quelques mois d’activité, j’ai déplacé environ 20 000 $ sur ma LLC, que j’ai investis sur les marchés actions via IBKR. J’ai pu m’exposer à des valeurs qui ne sont pas éligibles en Europe (notamment des ETF spécialisés).
Pourquoi j’ai liquidé ma LLC

Alors, pourquoi ai-je liquidé ma LLC ? Pour 2 raisons majeures.
La première : bien que la LLC soit passthrough, ChatGPT m’avait préparé tout un argumentaire selon lequel je pouvais quand même ne pas déclarer mes plus-values annuelles, tant que l’argent n’était pas rapatrié en France. En gros, éviter de payer tous les ans, comme une sorte de PEA mais aux USA.
Sauf que c’était tiré par les cheveux, et que plus tard, Gemini et Claude m’ont dit le contraire : bien trop risqué. Sur le net, on trouve d’ailleurs tout et son contraire à ce sujet. Et oui, je sais, il faut demander à un vrai fiscaliste ! Donc cet avantage saute.
La 2ème raison, et la plus importante pour moi : l’estate tax.
L’estate tax, le vrai tueur |
Je sais que cette taxe aurait pu être évitée via un montage plus complexe, mais je ne voulais pas complexifier davantage.
Surtout que Gemini m’a convaincu que la Suisse était sans doute aussi bien que les USA pour ce que je voulais faire : pas de problème d’estate tax, ni d’héritage compliqué, banque et CTO à mon nom.
La Suisse, finalement
Ce qui est vrai. J’ai depuis ouvert un CTO en Suisse. Les frais sont plus importants qu’aux USA (notamment à cause du droit de timbre suisse), mais je n’ai plus le stress lié à la gestion d’une LLC. En plus, je me suis aperçu que les actions ou ETF interdits en U.E. ne le sont pas en Suisse. Je pense notamment à l’IBIT sur le BTC.
Le droit de timbre suisse, c’est quoi ? |
J’ai donc décidé de liquider la LLC avant la fin de l’année fiscale, pour ne pas avoir à refaire une déclaration à l’IRS l’année suivante. Je suis quand même passé par un comptable US (300 $), car une mauvaise déclaration peut entraîner 25 000 $ de pénalités de l’IRS (le fameux formulaire 5472, obligatoire pour une LLC détenue par un étranger) !
Bon, il y avait quand même des coquilles dans sa déclaration, que Gemini a heureusement repérées, pour qu’il en refasse une correcte !
Le coût réel de l’aventure
Sur le papier, une LLC, « c’est pas cher ». Dans les faits, les petits montants s’additionnent vite. Voici ce que ça m’a coûté, à peu près :

Le plus cher, en réalité, ce n’est pas l’argent : c’est le temps passé à comprendre, corriger, relancer l’IRS. Pour environ 20 000 $ investis, le ratio galère / bénéfice ne penchait clairement pas du bon côté.
Et côté impôts français ?
Une chose que beaucoup sous-estiment : monter une structure aux États-Unis ne vous fait pas sortir du radar du fisc français. Tant que vous êtes résident fiscal en France, vous devez déclarer vos comptes détenus à l’étranger (le fameux formulaire 3916 / 3916-bis), et vos gains restent imposables en France. J’en parle plus en détail dans mon article sur ma déclaration d’impôts et mes comptes étrangers.
Autrement dit, la LLC ajoute des obligations américaines par-dessus vos obligations françaises, elle ne les remplace pas. C’est exactement le genre de point qu’il vaut mieux valider avec un fiscaliste avant de se lancer, pas après.
Ce que je ferais différemment
Si je devais recommencer, trois choses changeraient :
1. Voir un vrai fiscaliste AVANT d’ouvrir, pas ChatGPT. Une heure de conseil m’aurait évité des mois de bricolage.
2. Trancher single ou multi member en connaissance de cause, en pensant d’abord à la succession et à l’estate tax, pas à la simplicité apparente du montage.
3. Si l’objectif est de protéger un gros patrimoine en actions US du côté successoral, regarder sérieusement la piste d’une société étrangère (dont les titres ne sont pas un actif US), plutôt qu’une simple LLC américaine. Et là encore : avec un pro.
LLC aux États-Unis : questions fréquentes
Un résident français peut-il ouvrir une LLC aux États-Unis ?
Oui, et entièrement à distance, via un prestataire type Firstbase et un registered agent sur place. Il faut une boîte aux lettres américaine et, souvent, un court entretien avec un juriste.
Combien coûte une LLC dans le Wyoming ?
Comptez environ 300 $ à l’ouverture (registered agent inclus), 60 $ par an d’immatriculation, plus une boîte aux lettres (autour de 19 $/mois) et un comptable en cas de déclaration. Dans mon cas, environ 1 000 $ au total.
Faut-il déclarer sa LLC au fisc français ?
Oui. En tant que résident fiscal français, vous déclarez vos comptes à l’étranger (formulaire 3916) et vos gains restent imposables en France. La LLC n’efface pas la fiscalité française. Pour votre situation précise, consultez un fiscaliste.
Alors, est-ce que je regrette ?
Oui, parce que ce fut chronophage et parfois un peu stressant. Et parce que j’ai dépensé environ 1 000 $ dans la structure pour pas grand-chose.
Non, parce que c’est une nouvelle expérience dans le domaine de l’investissement. D’ailleurs, rien ne dit que je ne remettrai pas ça un jour, si je pense que l’Europe est au bord du gouffre financier. Sauf que, cette fois, je structurerai ça aux petits oignons.
Et puis, ça fait une belle histoire de plus !
Pour aller plus loin sur ma méthode : toute cette aventure m’a surtout rappelé une chose. Je ne tranche plus une décision qui engage mon argent en me fiant à une seule IA. ChatGPT m’avait vendu un montage que Gemini et Claude ont ensuite démonté. Depuis, je les fais s’affronter avant de décider.
J’ai réuni ce duel dans mon guide gratuit, 7 IA sur le Ring : sept IA mises face à face sur de vraies questions d’investisseur.
À lire avant de vous lancer : Ne faites pas comme moi : je ne suis pas conseiller fiscal, et ce récit raconte mon expérience, avec mes erreurs. Avant de vous lancer dans une LLC ou tout montage à l’étranger, renseignez-vous sérieusement, et pour tout ce qui touche à la fiscalité, parlez à un vrai professionnel. |
Les autres crash tests, gains et pertes compris, sont rassemblés dans la rubrique crash tests.



