1 Mes 5 plus grosses erreurs d’investisseur (datées et chiffrées)
Les influenceurs vous parlent de leurs gains, jamais de leurs pertes. Moi, si.
Sur ce blog, je raconte mes crash-tests un par un : l’argent métal, la crypto, l’immobilier, le levier. Aujourd’hui, je les réunis et je vais droit au but : voici les cinq investissements qui m’ont coûté le plus cher en quarante ans de marché.
Je ne fais pas ça pour me flageller, mais parce que les cicatrices nous apprennent bien plus que les théories. On lit partout des conseils lisses écrits par des gens qui n’ont jamais rien perdu. Moi, j’ai perdu, en vrai, avec mon propre argent. Et le point commun de ces cinq histoires c’est que dans presque tous les cas, ce n’est pas le marché qui m’a puni, c’est moi.
L’argent métal : vendre au pire moment

En 2018, je détenais une belle position en argent métal, accumulée depuis des années. À ce moment-là, je voulais acheter un appartement au Mans et je refusais l’idée de m’endetter. Alors j’ai vendu mon argent pour financer l’achat comptant. Une décision qui semblait sage : pas de dette, pas de stress.
Sauf que j’ai vendu au plus mauvais moment. La perte sèche immédiate a été d’environ 5 600 €. Mais le vrai coût est ailleurs : en gardant cette position, elle valait près de 150 000 € de plus quelques années plus tard. J’ai raconté ce gâchis en détail dans mon article sur cette erreur, et la revanche qui a suivi sur une autre position d’argent revendue à plus de 140 000 €.
Ce que je n’avais pas mesuré, c’est le coût d’opportunité. On raisonne toujours sur ce qu’on voit, le crédit qu’on évite, jamais sur ce qu’on ne voit pas, la performance à laquelle on renonce. L’aversion à la dette est un biais puissant : elle nous fait préférer une décision qui rassure tout de suite à une décision rationnelle sur le long terme. J’ai troqué une position qui travaillait pour moi contre le confort de ne rien devoir à personne. Ce confort, je l’ai payé environ 150 000 €.
La leçon : l’erreur la plus chère n’est presque jamais d’acheter au mauvais prix, c’est de vendre au mauvais moment, pour de mauvaises raisons émotionnelles.
La Bourse : fuir les krachs au lieu d’y rester

J’ai traversé les krachs de 2000 et de 2008. Et à chaque fois, j’ai commis la même faute : au lieu de continuer à investir pendant que tout s’effondrait, j’ai fait des pauses. J’ai arrêté, dégoûté, en attendant que ça se calme.
C’est humain, mais c’est exactement l’inverse de ce qu’il fallait faire. Les plus belles occasions d’achat de ma vie étaient là, sous mes yeux, et je regardais ailleurs. Réinvestir au plus bas, quand tout le monde vend dans la panique, c’est ce qui fait la différence sur trente ans. Je m’en suis privé deux fois.
Rester investi bat le timing |
Derrière ces pauses, il y a un biais que tout le monde connaît sans le nommer : la capitulation. Après avoir vu son portefeuille fondre de moitié, le cerveau ne cherche plus à optimiser, il cherche à faire cesser la douleur. Arrêter d’acheter soulage sur le moment, exactement comme fuir soulage face au danger. Sauf qu’en Bourse, le danger et l’opportunité sont souvent la même chose. J’ai été laminé en 2000 et en 2008, et à chaque fois, c’est en cédant à ce soulagement que j’ai transformé une baisse temporaire en manque à gagner définitif.
Aujourd’hui, je garde toujours une poche de cash précisément pour ça : pour avoir les moyens et les nerfs d’agir quand les autres capitulent. J’ai détaillé ces mécanismes de panique dans mon article sur les biais de l’investisseur.
La leçon : un krach n’est pas le moment de fuir, c’est le moment de rester, voire d’acheter. Rester investi bat le timing, presque toujours.
La crypto : moyenner à la baisse sur ce qui peut valoir zéro

Bull run 2020-2021, euphorie crypto. Mon portefeuille altcoins passe de 18 000 € à 80 000 €. Je me sens malin. C’est là qu’arrive la double erreur.
D’abord, j’ai confondu la chance avec le talent. En marché haussier, tout monte, et on se croit doué alors qu’on surfe simplement une marée. Ensuite, quand ça a commencé à baisser, au lieu de sortir, j’ai racheté des altcoins « moins chers »… qui ont continué à s’effondrer de 90 à 99 %. Moyenner à la baisse sur des actifs qui peuvent aller à zéro, c’est jeter de l’argent dans un puits. Le portefeuille est redescendu à 10 000 €.
Et par-dessus, le risque de contrepartie : une partie de mes avoirs était sur FTX. Quand la plateforme a fait faillite, mes fonds ont été gelés, et je n’ai récupéré qu’environ 20 % de leur valeur, remboursés au cours de 2022, donc sans la hausse depuis. Le détail est dans mon article sur les altcoins de 2021, suite de mon premier crash-test crypto.
Trois biais se sont empilés. Le FOMO, la peur de rater, qui m’a fait courir après des jetons dont je ne comprenais pas la valeur. L’excès de confiance, ce syndrome du génie incompris où l’on prend la marée montante pour son propre talent. Et l’oubli du risque de contrepartie : sur un exchange, vos cryptos ne sont pas vraiment à vous, elles sont une créance sur une plateforme qui peut faire faillite. Détenir soi-même ses actifs, quand c’est possible, n’est pas un caprice de puriste, c’est une protection.
La leçon : on ne moyenne pas à la baisse sur ce qui peut valoir zéro, on ne confond pas un bull market avec son propre génie, et l’argent qu’on ne détient pas soi-même ne nous appartient qu’à moitié.

L’immobilier : le rendement qui n’en est pas un

Comme beaucoup de Français, j’ai cru que la pierre était un placement sûr et rentable. J’ai acheté un T3 au Mans autour de 68 000 € et je l’ai revendu 126 000 € quinze ans plus tard. Sur le papier, ça a l’air bien. En réalité, ça fait à peine 2,7 % par an, avant même de compter les travaux, la taxe foncière et les vacances locatives.
Et le temps passé, justement : une procédure d’expulsion de quatorze mois pour un locataire défaillant, puis, sur un autre bien à Laval, le décès du locataire qui m’a interdit l’accès à mon propre appartement pendant plus d’un an. Sur la même période, un simple ETF sur le S&P 500 aurait fait plusieurs fois mieux, sans un seul coup de fil à passer. J’ai raconté ces deux crash-tests dans mon article sur l’immobilier locatif et celui sur le décès du locataire.
Il y a un coût plus sournois encore : le capital immobilisé. L’argent bloqué dans un bien médiocre, c’est de l’argent qui ne travaille pas là où il rapporterait vraiment. Pendant que mon T3 me rendait 2,7 % en me pourrissant la vie, un portefeuille diversifié aurait composé tranquillement, sans effort. Et l’immobilier à crédit ne vaut vraiment le coup que si l’on emprunte à taux bas, or ces taux bas sont une parenthèse récente : en 1998, à l’époque de mon premier achat, ils tournaient autour de 6,5 %, autant dire l’inverse de conditions favorables.
Et la version « sans souci », la SCPI, ne m’a pas sauvé non plus. Une ligne achetée 50 000 € est redescendue autour de 38 000 €. La chute des SCPI après le Covid est un cas d’école : la crise elle-même n’était pas prévisible, mais les SCPI se revalorisent lentement, avec retard. Entre le choc et la baisse actée de leurs parts, il y avait le temps de voir venir et d’alléger. Je ne l’ai pas fait. Autre réalité rarement dite : les SCPI vraiment intéressantes, c’était avant, et curieusement les banquiers ne me les proposaient pas à ce moment-là. Celles qu’on vante aujourd’hui affichent de beaux rendements précisément parce que la baisse est déjà passée. La vraie question, c’est : avant la prochaine ?
La leçon : le rendement affiché n’est pas le rendement réel. Une fois retranchés les frais, la fiscalité, la vacance, l’illiquidité, le capital immobilisé et le temps passé, le fameux placement « sûr » se transforme souvent en rendement de Livret A, en beaucoup plus chronophage.
Le levier et les dérivés : croire que je pouvais les dompter

Celle-là, c’est ma honte, et c’est justement pour ça qu’elle mérite d’être ici. En 2012, j’avais déjà pris deux krachs en pleine figure, 2000 et 2008. J’aurais dû être vacciné, prudent, refroidi. Et pourtant.
Je me suis ouvert un compte chez IG Markets et j’ai fait la totale. Des CFD à effet de levier sur le forex, avec un levier d’au moins dix, parce que les devises bougent si peu qu’il en faut beaucoup pour que ça compte. Des puts et des calls sur tout et n’importe quoi : actions, indices, pétrole. Et des warrants par-dessus. Le catalogue complet du casino, en une seule adresse.
L’idée séduisante et vieille comme le monde : accélérer, rattraper, gagner plus vite. Le levier amplifie les gains, on ne pense qu’à ça. On oublie qu’il amplifie les pertes exactement de la même façon, et qu’il joue contre vous à chaque petit mouvement. Je ne mettrai pas de chiffre sur cet épisode, disons simplement qu’il a laissé une trace, financière et surtout dans mon orgueil.
Techniquement, ces produits sont conçus pour jouer contre le particulier. Vous payez un écart, le spread, à chaque aller-retour, des frais de financement chaque nuit où la position reste ouverte, et le moindre mouvement contraire est multiplié par votre levier. Ce ne sont pas des instruments d’investissement, ce sont des instruments de trading très court terme, réservés à une poignée de professionnels disciplinés. Pas à un particulier qui veut rattraper le temps perdu.
Le levier ne pardonne pas, et les chiffres le disent |
La leçon : l’expérience ne vous immunise pas contre la cupidité. Le levier séduit précisément ceux qui croient savoir. Le seul moyen de ne pas s’y brûler, c’est de ne pas y toucher, ou de le doser à un niveau qui ne peut jamais vous ruiner.
Le fil rouge : mon pire ennemi, c’est moi

Relisez ces cinq histoires. L’argent métal vendu par peur de la dette. Les krachs fuis par découragement. Les altcoins rachetés par excès de confiance. L’immobilier idéalisé par croyance. Le levier saisi par cupidité. Pas une seule de ces pertes ne vient vraiment du marché. Toutes viennent de moi, de mes émotions, de mon impatience, de mon orgueil.
C’est la vraie leçon de quarante ans de Bourse : le marché n’est pas votre principal adversaire, vous l’êtes. Les bonnes stratégies sont connues et simples. Ce qui est dur, c’est de tenir face à ses propres réflexes. C’est aussi pour ça que je me sers aujourd’hui de l’IA : non pas comme d’un oracle, mais comme d’un miroir froid qui me renvoie mes biais au moment précis où l’émotion me pousse à refaire une de ces cinq erreurs.
La théorie, tout le monde la connaît : diversifier, rester investi, ne pas jouer avec le levier, se méfier de l’euphorie. Mais entre savoir et faire, il y a un gouffre, et ce gouffre s’appelle l’émotion. La vraie compétence de l’investisseur de long terme, ce n’est pas de prévoir le marché, c’est de garder la tête froide quand tout s’effondre et de ne pas se saboter soi-même.
À me lire, on pourrait croire que je suis le pire investisseur du monde. C’est faux : sur quarante ans, mes gains dépassent largement mes pertes. Mais additionnées, ces erreurs plombent un portefeuille bien plus qu’on ne l’imagine, et c’est justement pour ça qu’il faut les regarder en face. Pour rétablir l’équilibre, je vous raconterai bientôt l’autre versant, mes meilleurs coups, ceux qui ont réellement fait grossir le capital.
En attendant, si une seule de ces cicatrices vous évite la même, cet article aura été le meilleur placement de la journée.
Ne repartez pas sans votre arsenal de stratège |
Avertissement. Cet article relate mon expérience personnelle d’investisseur particulier. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’achat ou de vente. Les produits à effet de levier comportent un risque élevé de perte en capital, pouvant aller jusqu’à la perte totale. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision, consultez un professionnel et évaluez votre tolérance au risque.



