J’ai acheté l’action EssilorLuxottica à 161 € : faut-il faire pareil en 2026 ?

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⚠️ Ce que vous allez lire est mon analyse personnelle, pas un conseil financier. Je ne suis pas conseiller en investissement. Je partage mes réflexions et mes décisions, vous restez seul responsable des vôtres. Je détiens une position sur le titre mentionné.

Note : cet article a été confronté à trois IA (Gemini, ChatGPT et Claude). Elles ont nuancé plusieurs de mes points, notamment sur les marges et la gouvernance. Le détail est dans la section dédiée.

Jusqu’ici, mes analyses d’action parlaient dollars. Microsoft, Adobe, Nvidia : du beau monde, mais des valeurs américaines, à loger sur un compte-titres, hors PEA.

Cette fois, je change de terrain. C’est la première action que j’analyse éligible au PEA (le Plan d’Épargne en Actions, l’enveloppe boursière préférée des Français pour sa fiscalité avantageuse). Donc ma première vraie brique de stock picking dans cette enveloppe. Et pas n’importe laquelle : le numéro un mondial de l’optique.

EssilorLuxottica a perdu près de 48 % depuis son sommet. Pendant ce temps, l’entreprise publie un chiffre d’affaires record à 28,5 milliards d’euros, vend une paire de lunettes connectées toutes les trois secondes, et augmente son dividende.

Le décalage vous saute aux yeux ? Moi aussi. J’ai acheté à 161 € le 24 juin 2026. Voici pourquoi, et ce que trois IA en ont pensé.

Graphique boursier de l'action EssilorLuxottica de 2004 à 2026, illustrant une chute de 48 % depuis son sommet et un point d'achat marqué à 161 € le 23 juin 2026
Cours d’EssilorLuxottica depuis 2004 (hebdomadaire). Du ~16 € de 2004 au sommet ~324 € fin 2025, puis la chute à ~164 € en 2026.

EssilorLuxottica en 2026 : que fait l’entreprise ?

Née de la fusion en 2018 du français Essilor (les verres) et de l’italien Luxottica (les montures), c’est aujourd’hui le numéro un mondial de l’optique, et surtout le seul acteur intégré de bout en bout. Trois étages dans la même maison :

  • Les verres : Essilor, Varilux, Crizal, Transitions, et Stellest, des verres conçus pour freiner la progression de la myopie chez les enfants.
  • Les marques : Ray-Ban, Oakley, Persol, Oliver Peoples, plus une ribambelle de licences.
  • La distribution : Sunglass Hut, LensCrafters, des milliers de magasins et un réseau d’opticiens.

Personne d’autre ne réunit à la fois la techno du verre, les marques que les gens veulent porter, et les rayons où on les achète. C’est ça, le moat : un avantage concurrentiel durable, comme des douves autour d’un château.

Au-dessus du cœur optique, trois relais de croissance que le marché regarde à peine. Stellest (les verres anti-myopie), +26 % au premier trimestre, homologué aux États-Unis, déjà 30 % des ventes en Chine où 80 % des enfants sont myopes. Nuance Audio, la branche appareils auditifs : on entre dans le magasin pour ses yeux, on en ressort avec une solution pour ses oreilles. Et bien sûr les lunettes connectées Ray-Ban Meta.

Le décor : la guerre des lunettes IA est déclarée

Voilà le sujet qui obsède le marché. EssilorLuxottica fabrique les Ray-Ban Meta, de loin les lunettes connectées dopées à l’IA les plus vendues au monde, autour de 80 % du marché. Plus de 7 millions d’unités en 2025, un objectif de 10 millions en 2026, et un taux de verres correcteurs déjà supérieur à 30 % : ce n’est plus un gadget, c’est un vrai produit optique.

Sauf que la fête attire du monde. Fin juin 2026, Meta a lancé une gamme « Meta Glasses » dès 299 dollars, conçue en interne, sans les marques Ray-Ban ni Oakley, mais toujours fabriquée avec EssilorLuxottica. Lecture double : du volume en plus pour les usines, mais le risque que Meta banalise le matériel et se passe peu à peu des marques du groupe. Les deux partenaires se chamaillent déjà sur les prix.

Derrière, la concurrence se réveille : Apple, Google (qui revient dans la course en s’appuyant sur Warby Parker, une chaîne de lunettes américaine), et OpenAI, le créateur de ChatGPT, qui a recruté Jony Ive, le designer star à l’origine de l’iPhone, pour concevoir son propre matériel. La crainte du marché tient en une phrase : plus on vend de lunettes connectées, moins elles rapportent à la marge. Gardez-la en tête, on y revient.

Les fondamentaux : la chute ne se voit pas dans la croissance… mais déjà dans les marges

Commençons par ce qui va bien. En 2025, le chiffre d’affaires atteint 28,49 milliards d’euros, +11,2 % à taux de change constants, la meilleure performance du groupe. Le quatrième trimestre a même accéléré à +18,4 %, et le premier trimestre 2026 confirme à +10,8 %, troisième trimestre d’affilée à deux chiffres. Une entreprise de cette taille qui croît à ce rythme, c’est rare.

Maintenant, ce qui coince, et c’est là que je corrige ma première lecture après le passage des IA. La dilution des marges n’est plus une menace pour demain, elle est déjà dans les comptes. La marge opérationnelle (la part du chiffre d’affaires qui reste après les coûts d’exploitation) tombe à 11,9 % contre 13,0 % en 2024, et le résultat net recule de 1,9 % à 2,32 milliards d’euros. Le free cash flow (la trésorerie réellement générée) reste solide à 2,8 milliards, l’endettement est maîtrisé (dette nette autour de 1,7 fois l’EBITDA, c’est-à-dire le bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements, un niveau sain), et le dividende grimpe à 4,00 € par action, versé sans interruption depuis 26 ans.

Et la valorisation ? C’est le piège de l’analyse, alors prenons le temps. Les screeners affichent un PER (le rapport entre le cours de l’action et le bénéfice par action) autour de 33, ce qui paraît cher. Mais c’est un PER « trailing », calculé sur les bénéfices passés, justement comprimés en ce moment. Rapporté aux bénéfices attendus pour 2026, à 161 €, on tombe à environ 22 fois le bénéfice (le PER « forward », celui qui regarde devant). Nuance honnête soulevée par les IA : selon qu’on prend le bénéfice ajusté ou le bénéfice comptable, on est entre 22 et 27 fois. Donc « raisonnable » à « correct », mais pas « bradé ». On est loin d’Adobe et de ses 14 fois les bénéfices.

Dernier point qui fait peur sur le papier : un ROE et un ROIC (la rentabilité des capitaux propres et celle du capital investi) autour de 6-7 %, faméliques pour une si belle entreprise. L’explication est purement comptable. La fusion de 2018 a inscrit au bilan un énorme goodwill (l’« écart d’acquisition » : la survaleur payée lors du rachat, au-delà de la valeur comptable des actifs achetés). Ce goodwill gonfle artificiellement les capitaux propres, ce qui écrase mécaniquement le ratio de rentabilité. Or, sur le terrain, avec 62 % de marge brute, l’entreprise reste une machine. Le ratio est moche, le business ne l’est pas.

L’analyse technique : un couteau qui n’a pas fini de tomber ?

Graphique technique TradingView de l'action EssilorLuxottica (2020-2026) montrant la forte chute du cours sous sa moyenne mobile, un indicateur RSI en zone de survente, et le point d'achat à 161 €.

Soyons clairs, parce que c’est le genre de section où on se raconte des histoires. Techniquement, le dossier est cassé.

À 163,90 €, le titre évolue sous toutes ses moyennes mobiles (les cours moyens sur 20, 50, 100 et 200 semaines, qui servent de repères de tendance) : autour de 176 €, 181 €, 197 € et 244 €. La tendance est baissière sur tous les horizons, sans signe de retournement. Le RSI (un indicateur qui mesure si un titre est sur-acheté ou sur-vendu) traîne autour de 38, proche de la zone de survente mais pas encore au plancher.

À noter : sur le graphique hebdomadaire, le RSI tombe même sous 30 (~29), soit en zone de survente, un signal plutôt favorable pour un acheteur patient.

Le MACD (un indicateur de tendance) reste orienté à la baisse.

La fourchette des 52 dernières semaines va de 160,90 € à 323,80 €. Autrement dit, on est aujourd’hui collé au plus bas de l’année, après une chute d’environ 48 % depuis le sommet.

La leçon technique est simple : attraper un couteau qui tombe, ça coupe. Le bon réflexe, c’est d’entrer par étapes, pas tout d’un coup.

Ce qu’en dit Value Investing Screener

J’utilise Value Investing Screener dans mes analyses : un outil payant qui note les actions sur 13 critères de l’investissement « value ».

Et là, autant être franc : EssilorLuxottica n’a pas la note flatteuse d’Adobe. VIS Score de 4 sur 13, Piotroski à 5 sur 9 (un score de solidité financière noté sur 9), momentum à -32 %. Sur le papier, ça repousse.

Sauf qu’il faut savoir lire l’outil. Ses deux modèles de valorisation se contredisent franchement : le DCF (une méthode qui estime la valeur d’une action à partir de ses flux de trésorerie futurs) l’estime à 267 €, donc sous-évaluée, pendant qu’un autre modèle la juge surévaluée à 58 €. Quand un modèle donne le double et l’autre le tiers du cours, c’est qu’aucun verdict automatique ne remplace l’analyse. Le PER élevé et le ROE faible que VIS pénalise sont les mêmes ratios trompeurs qu’on vient de décortiquer : trailing et goodwill. VIS pointe un vrai défaut (la rentabilité comptable du capital est basse), mais il rate la qualité opérationnelle.

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Le risque qu’on oublie : la gouvernance

Un point que mes premières notes passaient sous silence, et que les IA ont eu raison de remonter. Au-dessus d’EssilorLuxottica, il y a la holding familiale Delfin, héritage de Leonardo Del Vecchio, le fondateur de Luxottica. Son fils, Leonardo Maria Del Vecchio, veut renforcer son emprise : il a mobilisé un groupe de banques pour un prêt d’environ 10 milliards d’euros, afin de racheter les parts de son frère et de sa sœur et passer de 12,5 % à 37,5 % du capital de la holding.

Une bataille de succession à 10 milliards au sommet de l’actionnariat, ça crée une incertitude qui pèse sur le cours tant qu’elle n’est pas réglée, une sorte d’épée de Damoclès. Ce n’est pas un problème de business, mais c’est un facteur de volatilité supplémentaire à garder en tête.

L’avis des 3 IA

Pour cette analyse, j’ai soumis mon premier jet à trois IA (Gemini Pro, ChatGPT et Claude), avec le même prompt structuré. Chacune a fait ses propres recherches, lu mon brouillon, et rendu un verdict argumenté. Pas pour suivre les machines, mais pour confronter ma réflexion. Et elles ne se sont pas privées de me corriger. Si vous voulez creuser comment les IA se comparent entre elles, j’en ai déjà parlé.

Le verdict d’ensemble : les trois sont d’accord. Avis positif, horizon long, entrée par étapes. Mais avec une conviction mesurée (3 à 4 sur 5), et un même point de vigilance : la marge.

Gemini 3.1 Pro

Positif, conviction 4/5, la plus haute des trois. Gemini valide le moat (« monopole vertical ») et un PER forward attractif vers 21x, mais alerte sur la banalisation : historiquement, les géants de la tech finissent par transformer leurs partenaires matériels en simples sous-traitants interchangeables, et la gamme Meta sans marque Ray-Ban en est le signal. Positif à horizon lointain, mais achats très fractionnés, car techniquement le couteau peut continuer de tomber.

Claude Opus 4.8

Positif à long terme, prudent à court terme, conviction 3/5. Claude insiste sur un point que j’avais sous-estimé : la dilution des marges est déjà dans les chiffres 2025, pas à venir. Il juge la valorisation « raisonnable mais pas une affaire », rappelle que le titre reste sous ses trois moyennes mobiles sans signe de retournement, et pointe deux oublis de mon analyse : la bataille de gouvernance Del Vecchio et un risque de réputation autour d’un projet de reconnaissance faciale poussé par Meta, que le groupe refuse.

ChatGPT 5.5

Positif et prudent, conviction 3/5. ChatGPT confirme la solidité du premier trimestre 2026 et le leadership mondial, mais refuse de dire que le titre est clairement sous sa moyenne historique de PER : selon la base retenue, ajustée ou comptable, les chiffres divergent trop. Côté technique, il enfonce le clou : cours sous les moyennes mobiles, RSI à 37, MACD vendeur, volumes faibles. Pas de signal d’achat technique.

Le tableau comparatif

Tableau comparatif résumant les avis d'investissement positifs de Gemini, Claude et ChatGPT sur l'action EssilorLuxottica, incluant leurs objectifs de cours et l'analyse des risques.

Trois avis positifs, conviction moyenne autour de 3,3 sur 5. Les trois s’alignent sur une entrée proche du cours actuel (161-165 €), des renforts vers 145-152 €, et une zone de capitulation vers 130-143 €. En miroir, les analystes professionnels : Deutsche Bank vient d’abaisser sa cible à 181 € (« conserver »), tandis que d’autres restent à l’achat avec un objectif de 200 € et plus. La dispersion est elle-même une information : personne n’est sûr.

Vous le verrez plus bas : je suis encore plus patient qu’elles. Je vise des renforts nettement plus bas, et je ne me fixe aucun objectif de vente serré.

Mon achat

J’ai acheté EssilorLuxottica le 24 juin 2026, à 161 €. Une ligne de stock picking dans le PEA, à côté de mes ETF.

Pourquoi maintenant ? Parce que je m’expose à la fois au cœur optique défensif (vieillissement, myopie) et au pari, plus spéculatif, des lunettes connectées, le tout après une chute de 48 % qui paie déjà une partie du risque sur les marges.

Et surtout, soyons clairs : c’est un investissement de long terme, pas du trading. Je n’ai pas de plan d’allers-retours à coups de quelques euros. Je garde des munitions, mais je ne renforcerai que si le titre baisse nettement plus, vers 130 € ou en dessous. Pas à 150 € : à ce niveau, la décote ne serait pas assez intéressante pour que je me précipite.

Côté revente, même logique. Je n’ai pas d’objectif à 200 €. Si la thèse se confirme, je vise bien plus haut, le retour vers les anciens sommets, et je suis prêt à garder le titre des années. On n’allège pas une entreprise de cette qualité au premier rebond.

Les trois critères que je surveille pour valider ou casser la thèse :

  1. La marge. Le vrai juge de paix, ce sont les résultats du premier semestre, attendus le 28 juillet 2026. Si la marge continue de fondre plus vite que les volumes ne compensent, je revois ma copie.
  2. La relation avec Meta. Tensions sur les prix, gamme sans marque : Meta donne le tempo, et ce n’est pas confortable.
  3. La gouvernance. Tant que la bataille Del Vecchio n’est pas réglée, l’incertitude reste.

Conviction : 8 sur 10. Une conviction d’investisseur patient, pas un pari de court terme.

Mes ETF restent le socle de mon portefeuille. Mais le stock picking n’est pas une simple cerise sur le gâteau : c’est une vraie partie de ma stratégie, celle où je mets de la conviction, du temps et de l’analyse.

📌 Rappel : cet article reflète mon parcours d’investisseur particulier et mes propres décisions. Ce n’est pas une recommandation d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir comporte un risque de perte en capital. Faites vos propres recherches.

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Sources

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