1 La poche de cash : pourquoi je garde toujours des liquidités (et combien)

Ce n’est pas de la timidité ni de la peur du marché. C’est une leçon que j’ai apprise à mes dépens, et qui m’a plus souvent sauvé qu’elle ne m’a coûté.
L’erreur qui m’a appris la valeur du cash
J’ai traversé les krachs de 2000 et de 2008. À chaque fois, les plus belles occasions d’achat de ma vie étaient là, sous mes yeux : des entreprises de qualité bradées, des marchés entiers soldés par la panique. Et à chaque fois, j’étais à sec. Tout mon argent était déjà investi, et il fondait avec le reste. Je regardais les soldes du siècle sans un centime pour en profiter.
Pire, sans réserve, on craque. J’ai fini par faire des pauses, par vendre pour arrêter la douleur, exactement au mauvais moment. Le krach, c’est précisément l’instant où l’on voudrait le plus d’argent disponible, et c’est justement là qu’on n’en a plus. J’ai raconté ces réflexes de panique dans mon article sur les biais de l’investisseur, et cette manie de vendre au pire moment dans mon crash-test sur l’argent métal.
Soyons honnêtes : le cash n’est pas gratuit
Avant de vanter la poche de cash, il faut dire la vérité : garder des liquidités a un coût. Ce coût, c’est d’abord celui de l’opportunité. Pendant que le cash attend, il ne capte pas le rendement des actions, ce moteur des intérêts composés dont il est privé. À cela s’ajoute l’inflation. On cite volontiers le chiffre officiel, autour de 2 % par an, mais votre vrai panier, le logement, l’alimentation, l’énergie, grimpe souvent bien plus vite que ça.
Le cash, c’est une fuite lente |
Autrement dit, il ne s’agit surtout pas de tout garder en liquidités. Le moteur de l’investissement, ce sont les intérêts composés, et le cash en est privé. La question n’est donc pas « cash ou marché », mais « quelle petite part garder en réserve, et pourquoi ».
Alors pourquoi en garder ? Deux raisons
La première, ce sont les nerfs. Quand on a une réserve de côté, on ne panique pas. On dort la nuit. On ne vend pas ses meilleures positions au creux de la vague juste pour se rassurer. La poche de cash est un pare-émotion : elle vous évite de transformer une baisse temporaire en perte définitive, ce qui, en Bourse, coûte bien plus cher que l’inflation.
La seconde, ce sont les munitions. Les krachs arrivent toujours, sans prévenir, c’est la seule certitude du marché. Avoir du cash disponible ce jour-là, c’est pouvoir acheter pendant que tout le monde vend, c’est-à-dire au meilleur prix possible. Sans réserve, vous assistez au solde du siècle en spectateur. Avec, vous en profitez. C’est là que la poche de cash rembourse, d’un coup, toutes les années où l’inflation l’avait grignotée.
Attention : ce n’est pas du market timing
Il y a un piège à éviter, et il est important. Garder une poche de cash, ce n’est pas prédire le sommet du marché pour tout vendre et attendre le krach au chaud. Ça, c’est le market timing, et personne n’y arrive durablement. Sortir du marché pour éviter la douleur, c’est presque toujours rater le rebond.
Rester investi bat le timing |
La nuance est donc capitale : le cœur de mon portefeuille reste investi en permanence. La poche de cash n’est pas un pari sur la baisse, c’est une réserve tactique. Je ne sors pas du marché, je garde simplement quelques cartouches pour le jour où il me les offre à prix cassé. Rester investi et garder du cash ne sont pas contradictoires, à condition que le cash reste minoritaire.

Combien ? Mon approche
Il n’y a pas de règle magique, et cela dépend de votre situation, de votre horizon et de votre tolérance au risque. Chez moi, la poche de cash reste toujours une minorité du portefeuille. Elle respire un peu selon les valorisations : un peu plus étoffée quand tout me paraît cher et euphorique, un peu plus légère quand les marchés ont déjà beaucoup baissé et que les occasions se multiplient. Mais elle ne devient jamais l’essentiel.
L’idée tient en une phrase : assez de cash pour pouvoir saisir une vraie occasion et dormir tranquille, jamais assez pour plomber la performance sur le long terme. Une poche, pas un coffre-fort. Quant à l’endroit où la garder, un support liquide et sûr suffit, un livret ou un fonds monétaire, en acceptant qu’elle perde un peu contre l’inflation. C’est le prix de la disponibilité, et ce prix est faible au regard de ce qu’elle rapporte au bon moment.
Sur quel support garder sa poche de cash ?
Une poche de cash n’a pas besoin de dormir à 0 %. Elle doit seulement rester liquide, disponible rapidement. Plusieurs supports le permettent.
Les livrets réglementés d’abord, le Livret A et le LDDS : totalement liquides, garantis, sans fiscalité, mais plafonnés et à rendement modeste. Les fonds et ETF monétaires ensuite : ils suivent les taux courts et rapportent actuellement autour de 3 à 3,5 %, tout en restant très liquides. C’est là qu’une partie de ma propre réserve est placée, par exemple via un ETF monétaire en dollars logé dans mon assurance-vie luxembourgeoise.
Attention toutefois à un point important : le cash logé dans une enveloppe comme l’assurance-vie ou le PEA est une munition pour cette enveloppe. Il sert à acheter à l’intérieur au moment du krach, sans friction fiscale, mais il n’est pas disponible pour un coup dur de la vie, sauf à faire un retrait, avec la fiscalité qui va avec. D’où l’intérêt de bien séparer la réserve d’investissement de l’épargne de précaution.
Ne confondez pas poche de cash et épargne de précaution
Une confusion revient sans cesse, et elle est importante. La poche de cash dont je parle n’est pas votre épargne de précaution. Ce sont deux poches distinctes, avec deux rôles.
L’épargne de précaution, ce sont trois à six mois de dépenses courantes, intouchables, réservées aux imprévus de la vie : une voiture qui lâche, un coup dur, une perte d’emploi. On n’y touche jamais pour investir. La poche de cash, elle, fait partie de votre portefeuille. C’est de l’argent que vous destinez au marché, mais que vous gardez volontairement liquide en attendant la bonne occasion. Confondre les deux, c’est risquer de piocher dans sa sécurité pour acheter un krach, ou à l’inverse de laisser dormir bien trop d’argent au nom de la prudence. Séparez-les clairement, dans votre tête et si possible sur deux supports différents.
Comment je la déploie : par paliers
Reste la question du moment. Quand le krach arrive, la tentation est d’attendre le point bas parfait pour tout investir d’un coup. Mauvaise idée : personne ne sonne la cloche au plancher, et à vouloir le viser, on finit souvent par ne rien faire du tout.
Ma méthode est plus simple et plus humble : je déploie la poche de cash par paliers, au fur et à mesure que ça baisse. Une tranche à moins 20 %, une autre à moins 30 %, une autre plus bas encore si la chute continue. Je ne cherche pas à acheter le point bas, je cherche à acheter bas, ce qui n’est pas la même chose. Si ça remonte avant que j’aie tout déployé, tant pis, j’aurai quand même acheté moins cher. Si ça continue de tomber, il me reste des cartouches. Étaler ses achats, c’est accepter qu’on ne devine pas l’avenir, et transformer cette humilité en avantage.
Un exemple concret, tiré de la crypto. Sur un actif aussi volatil que le Bitcoin, j’ai pris l’habitude de placer mes ordres d’achat à l’avance, échelonnés entre 30 000 et 50 000 dollars actuellement, au cas où. Quand ça plonge brutalement, souvent en pleine nuit et en quelques heures, il est trop tard pour réfléchir : soit l’ordre est déjà en place et se déclenche tout seul au bon prix, soit on regarde le rebond en se mordant les doigts. Pour que ces ordres existent, il faut du cash disponible en face. Sans réserve, pas d’ordre en embuscade.
Un exemple concret : mars 2020
Prenez le krach du Covid, en mars 2020. En un mois à peine, le S&P 500 a chuté d’environ 34 %. La panique était totale, on parlait de fin du monde financier. Ceux qui avaient une poche de cash ont pu acheter, par paliers, des entreprises de première qualité soldées comme rarement. Six mois plus tard, le S&P 500 était déjà revenu sur ses plus hauts. Ceux qui, au contraire, avaient tout investi et cédé à la peur ont vendu au plus bas et raté l’un des rebonds les plus rapides de l’histoire. Le même événement, deux issues opposées, séparées par une simple réserve de liquidités et un peu de sang-froid.
Mais attention à ne pas en tirer une loi universelle. Ce rebond éclair est celui du S&P 500 américain, et du Covid en particulier. Toutes les baisses ne se ressemblent pas. Le CAC 40, lui, a mis plus de vingt ans à retrouver son record de l’an 2000, dépassé seulement en novembre 2021. Le krach de 2008 a d’ailleurs été plus court à effacer que celui de 2000. La Bourse finit presque toujours par se relever, mais il faut parfois une patience de vingt ans, pas de six mois. Raison de plus pour ne pas voir la poche de cash comme un pari sur un rebond rapide : c’est une réserve pour saisir la baisse, quelle qu’en soit la durée.
Les pièges de la poche de cash
Cette poche a ses propres pièges, trois surtout, qu’il faut connaître pour ne pas se tromper d’usage.
En garder trop, d’abord. Au-delà d’une petite part, on ne se protège plus, on s’appauvrit contre l’inflation, comme on l’a vu.
La dépenser trop vite, ensuite. La gaspiller sur la première correction de 5 % venue, c’est se retrouver les mains vides le jour où le vrai krach arrive. Une poche de cash sert pour les grandes occasions, pas pour les petits soubresauts.
La placer n’importe où, enfin. Une réserve doit rester liquide, sûre et disponible en un clic. Si votre cash est bloqué, ou pire exposé au risque pour grappiller un peu de rendement, ce n’est plus une réserve, c’est un pari de plus.
Le cash, c’est une assurance
Au fond, une poche de cash fonctionne comme une assurance. Elle a une prime, l’inflation qui la grignote doucement, et cette prime, on la paie sans jamais s’en réjouir. Mais le jour où le marché s’effondre, elle vous protège de vos propres nerfs et vous offre les meilleures affaires de la décennie. Une assurance qui ne coûte presque rien et qui peut rapporter énormément, ça vaut le coup de la garder.
Le prochain krach viendra, comme tous les autres, sans prévenir. La seule question qui compte, c’est de savoir si vous aurez de quoi en profiter, ou si vous le regarderez passer les poches vides. Moi, j’ai déjà donné. Aujourd’hui, je garde toujours ma poche de cash.
Ne repartez pas sans votre arsenal de stratège |
Avertissement. Cet article relate mon expérience personnelle d’investisseur particulier. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’achat ou de vente. La part de liquidités à conserver dépend de votre situation personnelle. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision, consultez un professionnel et évaluez votre tolérance au risque.



